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Palestine - ISM France

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Jayyous -

L’annexion lente et rampante de la Palestine par Israël

Par

Jayyous, comme la plupart des autres communautés palestiniennes, n’a jamais cessé de résister par la non-violence.
Cet engagement non violent est admirable si on considère le niveau de violence et l’incidence des vols dont ils sont victimes depuis tant d’années.
C’est une tragédie insupportable de se dire que leur non-violence ne réussit pas, qu’elle n’est même pas reconnue ni valorisée. Beaucoup de personnes dans le monde imaginent encore que les Palestiniens sont la source première de la violence ininterrompue dans le conflit israélo-palestinien.

D’abord ils ont dit qu’ils étaient là pour construire un mur entre les deux populations afin de les protéger toutes les deux. Ensuite ils leur ont dit que le mur était sur leurs terres parce que c’était une nécessité pour la protection d’Israël

Puis ils ont dit aux fermiers palestiniens sur les terres desquels s’élève le mur qu’ils auraient un accès illimité à leurs terres après quoi ils ont monté des portes le long du mur – portes qui ne s’ouvrent que trois fois par jour.

Puis, on a dit aux fermiers palestiniens que s’ils voulaient aller travailler leur terre – maintenant du côté israélien du mur – ils devaient demander un permis spécial à Israël pour entrer par ces portes qui ne sont ouvertes que trois fois par jour.


C’est l’histoire de Jayyous. Jayyous est une petit village de quelques 3500 habitants situé à six kilomètres de la «Ligne Verte» (la frontière internationalement reconnue entre Israël et les territoires palestiniens).

Le soi-disant «mur de sécurité» d’Israël, comme presque partout en Cisjordanie , n’a pas été construit sur la frontière de la Ligne Verte mais au contraire, il s’enfonce profondément dans le territoire palestinien.

Résultat, il bouffe pratiquement 85% des terres agricoles de Jayyous.
Il ne reste plus que 15% à peu près des terres de Jayyous du côté «Palestinien» du mur.


Pour compléter ce qui vient d’être esquissé, après que les soldats israéliens aient informé les Palestiniens qu’ils devaient requérir des permis de travail pour passer la porte et aller travailler sur leurs propres terres – maintenant situées sur le territoire « israélien – ils leur ont dit aussi que les seuls ceux qui ont soit plus de 50 ans soit moins de 15 ans pourraient recevoir des permis.

Finalement, on a dit aux fermiers – dont les récoltes ont été dévastées par ces décisions – qu’ils ne pourraient plus vendre ce qui leur restait de leurs productions sur les marchés israéliens.



Ces évènements ont eu des conséquences sociales et économiques catastrophiques pour les fermiers et la communauté de Jayyous.

Cette terre a été confisquée illégalement et en contradiction totale avec la décision de la Cour Militaire israélienne d’il y a juste un an qui statuait que la terre des fermiers ne devait pas être confisquée.

Moins d’un an après cette décision, diverses mesures ont été prises, et des barrières ont été érigées pour rendre l’accès aux fermiers extrêmement difficile, sinon impossible.
A la fin, c’est à croire que la remarque que m’a faite un soldat il y a un an est devenue réalité : "Le mur (de sécurité) deviendra la nouvelle Ligne Verte".

Je suis venu pour la première fois à Jayyous il y a deux ans, quand le tracé du mur de sécurité avait été dévoilé.

A l’époque, les Palestiniens, moi et d’autres observateurs avaient pu observer comment d’énormes bulldozers Caterpillar arrachaient des centaines d’oliviers ;
Les villageois s’étaient mis sur le chemin des bulldozers et des véhicules militaires blindés pour essayer de résister à cette injustice par des moyens pacifiques.
Jayyous, comme la plupart des autres communautés palestiniennes, n’a jamais cessé de résister par la non-violence.

Cet engagement non violent est admirable si on considère le niveau de violence et l’incidence des vols dont ils sont victimes depuis tant d’années.


D’un côté, c’est étonnant et enthousiasmant de voir toutes ces marches non violentes, toutes ces actions, et toutes ces protestations si fougueuses qui continuent après toutes ces années.
D’un autre côté, c’est une tragédie insupportable de se dire que leur non-violence ne réussit pas, qu’elle n’est même pas reconnue ni valorisée.

Beaucoup de monde aux Etats-Unis et ailleurs imaginent encore que les Palestiniens sont la source première de la violence ininterrompue dans le conflit israélo-palestinien.


Il y a quelques jours, quand je suis arrivé à Jayyous, c’était pour une visite sociale. Aller voir des amis dans les territoires palestiniens, c’est souvent un moment où tristesse et désespoir peuvent facilement submerger tout espoir et tout désir.

En posant une question aussi simple que : "Comment vont les choses ?", j’ai appris qu’aussi mauvaises que soient déjà les choses, elles continuaient à se détériorer d’un mois sur l’autre.
De nombreux exemples m’ont été donnés : une nouvelle colonie israélienne est en construction sur des fermes palestiniennes, justederrière le Mur, sur des terres qui sont actuellement cultivées.

Les habitants de Jayyous l’ont découvert en tombant sur des panneaux et des cartes (installés) sur leurs terres annonçant - en Hébreu - que plus de 850 dunums «pour commencer» allaient être pris pour la construction de maisons pour juifs seulement.

La colonie sera implantée en face des deux portes que les habitants de Jayyous empruntent habituellement pour accéder à leurs cultures du côté israéliens du mur. Ils auront, de fait et une fois de plus, interdiction de jamais passer par les portes. Aucune autre porte n’a été prévue pour l’instant.


De plus parce que la nouvelle colonie doit être construite juste à côté du mur et à quelques mètres des maisons palestiniennes. Les villageois pensent que leurs maisons seront probablement démolies. Et la justification donnée sera que les maisons palestiniennes présentent un risque pour la sécurité des colons.


Avec la nouvelle colonie, sera aussi construite une importante base militaire, elle aussi, à quelques mètres seulement du village. Pendant que j’écoutais ces nouvelles, j’étais en état de choc et j’essayais de trouver des mots pour mes vieux amis. Je ne pourrais jamais imaginer que des choses comme celles-là puissent arriver à ma propre communauté, aussi il m’est difficile de me mettre complètement à leur place.

Que peut-on dire quand toute leur existence et tous leurs moyens de subsistance sont mis en pièce par un autre peuple qui prétend qu’il a besoin de «sécurité» ?


La situation à Jayyous est semblable à celle de nombreuses communautés situées immédiatement à proximité du « mur de sécurité ». Israël continue de prétendre que le but du mur n’est pas de « séparer » les deux populations mais de protéger les citoyens israéliens.

Comment un tel mur peut-il être fait pour la seule protection quand il a pratiquement pour but d’annexer les meilleures terres palestinienes et de les donner aux colons juifs qui eux-mêmes colonisent illégalement le territoire palestinien ?

Ces pratiques sont une violation patente de la Convention de Genève.

Par exemple, concernant la terre rasée et la destruction des biens, entreprises faites pour construire le mur, l’article 53 de la Quatrième Convention de Genève, stipule que : "Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’Etat ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires"

Les pratiques colonisatrices d’Israël violent aussi clairement d’autres lois internationales.


En 1980, les Nations Unies ont fait passer la Résolution 465 qui déterminait que : "Toutes les mesures prises par Israël pour modifier le caractère physique, la composition démographique, la structure institutionnelle ou le statut des territoires palestiniens et des autres territoires arabes occupés depuis 1967, y compris Jérusalem, ou de toute partie de ceux-ci n’ont aucune validité en droit et que la politique et les pratiques d’Israël consistant à installer des éléments de sa population et de nouveaux immigrants dans ces territoires constituent une violation flagrante de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre et font en outre gravement obstacle à l’instauration d’une paix d’ensemble, juste et durable au Moyen-Orient".


De même, selon une décision de la Cour Internationale de Justice cette année, le mur viole la loi internationale et cause quantité de souffrance aux Palestiniens et à leurs communautés. En conséquence, la décision de justice demande que le mur soit démoli.



La sinistre histoire des colonies

Pour comprendre pourquoi Israël continue d’annexer la terre des Palestiniens, de s’agrandir et de construire de nouvelles colonies, on doit comprendre la sinistre histoire de ce projet.


Les sionistes ont commencé à construire des colonies dans la première moitié du 20ème siècle. Ils considéraient que les colonies fourniraient, à la fin, la base pratique et le terrain même de leur revendication de souveraineté.

En 1948, quand Israël a proclamé son indépendance, ils (les Israéliens) ont fait pareil en se basant sur le modèle des colonies déjà existantes – même s’ils n’étaient qu’une petite minorité de la population dans bien des endroits .

Après la guerre de 1967, les gouvernements de Gauche cherchèrent à créer des colonies sur le territoire pris (Cisjordanie, Sinaî, Gaza, et Hauteurs du Golan).

Au contraire des précédents politiciens, Mosh Dayan, un leader israélien important, considérait que les colonies – en elles-mêmes – n’apporteraient pas plus de sécurité à Israël ; "non parce qu’elles peuvent pas assurer la sécurité mieux que l’armée, mais parce que sans elles nous ne pouvons pas garder l’armée dans ces territoires. Sans elles les Forces d’occupation israéliennes seraient une armée étrangère gouvernant une population étrangère".



Plus tard, en 1977, le gouvernement Likoud de Begin accéléra la colonisation.
A cette époque, il n’y avait en gros que 50 000 Israéliens qui vivaient à Jérusalem-Est annexé et 7000 colons dans de petites colonies de Cisjordanie ;

Ariel Sharon entra en scène en 1977 en tant que ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Begin.
Il dévoila un plan appelé "Vision d’Israël à la fin du siècle" qui avait pour but de peupler rapidement et de façon importante la Cisjordanie palestinienne.

Ce plan proposait délibérément de mettre des Juifs dans les régions à haute concentration palestinienne et de construire un axe nord-sud de colonies.

Cette chaîne nord-sud devait partir des hauteurs du Golan jusqu’au Negev, en encerclant Jérusalem d’un anneau de colonies pour la couper efficacement du reste de la Cisjordanie , et de concentrer les colons dans ce qu’ils appelle « la Samarie », au centre de la Cisjordanie .

Ce schéma prémédité de colonisation – politique pour étendre la guerre ? - devait entraîner la « transformation démographique » des territoires occupés.

Trente ans plus tard, plus de 400 000 colons sont installés dans les territoires - avec des dizaines de bases militaires, des routes réservées aux colons et d’autres infrastructures.



Les architectes israéliens Segal et Weizman ont fait les remarques suivantes : "Ce qui devient une évidence, c’est qu’en mettant des colons dans tout le pays, le gouvernement israélien n’utilise pas simplement ses agences de pouvoir et de contrôle étatiques, à savoir la police et l’armée, pour administrer, mais il «ébauche le projet» de mise sous surveillance et d’assujettissement de la population civile palestinienne."


Un certain manque de logique se développe entre ce que les colons veulent voir, la manière dont ils décrivent et comprennent le panorama, et leur manière de détourner les yeux du but stratégique et géopolitique de l’Etat.

L’envie pour une simple famille d’avoir une maison est mise au service du besoin de domination de l’armée tout en restant un acte domestique, emballé avec une jolie façade, des tuiles rouges et des pelouse vertes, et fournit le contrôle visuel du territoire.


Que peut signifier la construction d’une colonie, excepté la conquête de terre et l’asservissement d’un autre peuple, dans la volonté politique israélienne ?

Ces actes jettent le doute sur la rhétorique des responsables israéliens quand ils prétendent qu’Israël veut la paix ; il veut plus de terre !


Le projet de colonisation leur a d’abord donné un pays, maintenant ils utilisent la colonisation comme moyen d’élargir leurs frontières.

Après tout, Israël est un pays qui n’a jamais officiellement établi de frontières fixes.

Comment pourrait-il établir des frontières s’il continue de coloniser et de revendiquer un territoire étranger ?

Parfois, les leaders sont francs quant à leurs intentions, comme quand le commandant des la Forces aériennes, Eitan Ben Eliahu, déclare : "En définitive, nous devrons réduire le nombre de Palestiniens vivant dans les territoires".

Peut-être que tout le problème pourrait se discuter en ces termes : Comment un Etat se définit-il lui-même ?
Israël a été créé comme l’Etat du peuple juif.

Comme ailleurs, en Serbie par exemple, quand un groupe définit et donne la primauté aux droits d’un seul groupe sur un autre, la notion de supériorité et de privilège est une composante inévitable du tissu social.

A telle enseigne, que pour les citoyens palestiniens mêmes d’Israël, les discriminations tacites et institutionnelles existent.

Pour les Palestiniens, le combat est une lutte pour les droits civils.

Pour les Palestiniens qui vivent dans des ghettos militairement renforcés de Cisjordanie et de Gaza, il n’est même pas possible de se battre pour ces droits-là.

La domination et la loi servent seulement à contrôler, sans promesse aucune de droits civils ni de libertés.

Peut-il y avoir démocratie là où 1,8 millions de Palestiniens sont tout à la fois «à l’intérieur» et «à l’extérieur» de l’Etat ?


Les américains ne peuvent pas comprendre que la source originelle du conflit dans cette région, c’est la colonisation et la confiscation de terre.

Le conflit, c’est aussi l’espace.

Comme tel, le conflit est plus qu’une résistance contre une occupation militaire étrangère, il est aussi une résistance contre des colons civils étrangers.

La manière dont les colonies ont été imaginées et construites était destinée au contrôle de la terre et à l’assujettissement de la vie du peuple palestinien.



Darwish, le poète palestinien, l’exprime très bien :

"L’occupation ne se contente pas de nous priver des conditions premières de notre liberté, elle vise à nous priver de ce qui est essentiel à la dignité de la vie humaine, en déclarant de façon permanente la guerre à nos corps et à nos rêves, au peuple, aux maisons et aux arbres, avec les crimes de guerre. Cela ne nous promet rien de plus qu’un système d’apartheid et la puissance de l’épée pour vaincre l’âme"

Source : www.palsolidarity.org

Traduction : CS pour ISM-France

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