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Palestine - ISM France

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Tulkarem -

Nazlat Issa coupé en deux par le Mur

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Ce n'est pas difficile de trouver les raisons d'une telle colère et de la résistance permanente. Quarante individus dans sept maisons sont du mauvais côté du mur.
Pourtant, comme ils habitent à l'ouest de la ligne d'armistice et qu'ils ont des papiers d'identité palestiniens, ils ne sont pas autorisés à monter la route de Bakka Ouest en Israel. Leurs enfants font l'aller-retour chaque jour pour aller à l'école en traversant le checkpoint.
Par contre, les colons israéliens passent le checkpoint sans s'arrêter.

Ce matin, sur le site du marché qui abritait précédemment près de 200 étals dans le village de Nazlat Issa à proximité de Baqa'a Est dans le District de Tulkarem, une dizaine de soldats ont retenu une centaine de manifestants à l'écart d'une section du Mur qui coupe en deux le village depuis presque deux ans.

L'ex-candidat à la présidence, Mustapha Bagouthi, se trouvait parmi les orateurs qui ont juré de faire tomber le Mur comme d'autres l'ont fait pour le Mur de Berlin.

Peut-être que le Mur était plus fragile qu'il le semblait.
(après tout, que les entrepreneurs lésinent sur la qualité du ciment, n'est pas une nouveauté).

En tout cas les observateurs internationaux ont trouvé curieux de voir des soldats protéger un mur qui est censé protéger Israël.

Le cortège était mené par des petits enfants et une bande de scouts mais ils ont rapidement laissé place au regard macho et à la résistance déterminée des manifestants en colère même quand les soldats ont poussé leurs fusils contre leurs poitrines.

Pendant un certain temps, des femmes israéliennes et palestiniennes, coincées entre la ligne des soldats et les manifestants, ont calmé des choses jusqu'à ce qu'une poussée des soldats et une tentative d'arrestation aient eu comme conséquence deux blessés légers.

Une heure plus tard, alors que les garçons traînaient dans la rue et que les soldats s'attardaient sur la place, les membres du Mouvement International de Solidarité quittaient deux femmes inquiètes à la recherche de leurs fils.
"Nous avons perdu nos maisons et notre terre. Devons-nous aussi perdre nos enfants ?" a dit l'une d'entre elles.


Ce n'est pas difficile de trouver les raisons d'une telle colère et de la résistance permanente. Quarante individus dans sept maisons sont du mauvais côté du mur.

Pourtant, comme ils habitent à l'ouest de la ligne d'armistice et qu'ils ont des papiers d'identité palestiniens, ils ne sont pas autorisés à monter la route de Bakka Ouest en Israël. Leurs enfants font l'aller-retour chaque jour pour aller à l'école en traversant le checkpoint.

Ceux qui ont des papiers d'identité israéliens et qui vivent du côté du mur en Cisjordanie doivent maintenant faire 20km pour aller jusqu'à leur école dans Bakka Ouest.

Par contre, les colons israéliens passent le checkpoint sans s'arrêter.

Nous avons rencontré une femme avec un seau plein des oranges qui disait : "Je dois rendre visite chaque jour à mes parents âgés qui vivent de l'autre côté du mur mais je ne peux pas toujours faire le tour".

Elle nous a montré un champ où se tenait sa maison jusqu'en 2003, date à laquelle elle a été détruite parce qu'elle se trouvait juste à côté du mur. 200 dunums de terre ont été également pris pour l'agencement du mur et sa route de protection.

Fakhiye Kitani nous a dit : "Mes enfants, âgés de 11, 10, 7, 6 et 4 ans vivent avec leur mère de l'autre côté du mur. Ils ont des papiers d'identité israéliens. Ils peuvent seulement me rendre visite une fois par mois à ce checkpoint, ou parfois nous nous voyons au checkpoint de Qalandia (qui est à environ 60 kilomètres).

"À la manifestation; mon épouse et mes enfants seront de l'autre côté. Les verrais-je ?" Comme les soldats ont stoppé la manifestation bien avant le checkpoint, Fakhiye n'a pas pu voir sa famille.

Le mur a détruit tout le commerce de ce qui était encore récemment un village prospère. Des Israéliens pauvres dont des Ethiopiens avaient l'habitude de venir faire leurs emplettes ici, et des Palestiniens venaient même d'Hébron.
Plusieurs petites usines ont été détruites avec le marché et maintenant la plupart des magasins et des entreprises ont mis la clé sous la porte. Les médecins et les pharmaciens sont partis.

Seuls les écoliers rentrant à la maison à la fin de la journée donnent au village un semblant de normalité, encore que des graffitis commencent à recouvrir le Mur comme à Kreuzburg dans Berlin il y a 20 ans.



L'histoire d'Abdul Halim Hassan illustre bien l'absurdité cruelle du mur.

C'était un homme d'affaires prospère qui gagnait sa vie grâce au commerce d'huile d'olive. Il a construit une grande maison pour ses fils, y compris un garage de réparation des véhicules, un café-restaurant et un entrepôt. Il rapportait spécialement de Jenine une récolte d'un olivier très ancien qu'il disposait dans sa cour.

Malheureusement pour lui, Israël a décidé de faire passer le Mur en plein milieu de sa maison. Cependant, comme il avait de l'argent, il s'est battu devant les tribunaux. D'abord les autorités se sont radoucies et elles lui ont dit qu'elles lui prendraient seulement cinq mètres.

Il a continué à se battre jusqu'à ce qu'il ait obtenu le droit de garder sa maison, sauf que le Mur et un poste d'observation avec un drapeau israélien sur le toit frôlent sa maison et que deux de ses fenêtres sont obscurcies par un énorme escalier externe en acier destiné aux soldats.
Sa maison s'avère être située exactement sur la Ligne Verte et possède une large vue.

Une partie est située en Israël, y compris ses chaises en plastique marron-noir sur lesquelles il avait l'habitude de s'asseoir avec son voisin (Israélien) pendant que le mur était en construction. De l'autre côté, c'est la Palestine qui ressemble... plus ou moins à Israël.

Le commerce non autorisé est interdit, aussi les trous de drainage en bas du mur ont été bloqués au cas où des marchandises illicites seraient passées dans les deux sens à travers le mur, en dépit des nobles protestations de la société environnementale israélienne qui a dit que la faune avait besoin d'un passage.

Maintenant la maison de son voisin est inondée quand il pleut. La sienne, un bâtiment à voûte datant de l'ère Ottomane, s'est retrouvée avec 5 tonnes de béton déversées à l'intérieur au cas où certains essayeraient de faire sauter le mur.

Abdul Halim, un homme respectable dans la cinquantaine dit : "Je n'ai pas le coeur à terminer la maison. Même mettre un réservoir d'eau sur le toit nécessiterait une autre bataille de tribunal. C'est comme si j'avais besoin d'une autorisation officielle pour avoir une douche.
De toute façon, mes fils sont partis travailler ailleurs.
J'avais l'habitude de m'asseoir à l'extérieur pour discuter avec des amis et des clients jusqu'à 2h du matin. Maintenant, il n'y a rien à faire sauf m'occuper du jardin.
J'avais l'habitude de vendre tellement de café. Maintenant je demande à des relations de m'en apporter de Tulkarm (à environ 10km)".

Il nous a montré l'endroit où il a fait tomber de l'argent du côté Israélien pour sa fille qui vient juste de sortir de l'hôpital avec son bébé nouveau-né. Il ne peut pas obtenir d'autorisation pour aller la voir maintenant. Son fils gagne sa vie en Israël et il est autorisé à mettre de l'argent dans un sac en plastique et à le passer par un trou minuscule dans la barrière, surveillé par un soldat qui le regarde du toit.

C'est comme si les Palestiniens avaient été emprisonnés dans une cauchemardesque comédie Judéo-Black, dans laquelle cette auto-dépréciation célèbre a englouti la vie de d'autres.

Cependant, après avoir vu la maison, nous nous sommes assis dans le garage à siroter le thé de la femme d'Abdul Halim, parfumé à la sauge et à la menthe, invités selon la tradition hospitalière arabe. Et pendant que nous admirions le vieil olivier, Abdul nous a montré l'endroit où il plantera un jeune plant d'olivier.

Rien ne peut mieux illustrer la détermination des Palestiniens.

Voir la carte de la région de Tulkarem publiée par OCHA en novembre 2004 (fichier PDF)

Source : www.palsolidarity.org

Traduction : MG pour ISM

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